Gérard Vandenbroucke s’exprime pour Flash FM, à propos du rapport Delebarre

2 août 2017 A la une


Le président de l’Agglomération de Limoges, revient pour nous sur le très critiqué rapport du sénateur Michel Delebarre. Réalisé pour rendre compte de la situation d’enclavement de l’ancienne région Limousin, il n’apporte que peu de réponses concrètes, et ressert les vieilles recettes échouées du passé. 

Flash : Quelles bilan pouvez vous tirer du rapport effectué par le sénateur Delebarre ? En êtes vous satisfait ? 

Gérard Vandenbroucke: « Si j’y avais cru je serai accablé, mais je suis quand même un peu décontenancé devant la faiblesse de ce rapport. Il ne trace aucune perspectives réelles d’avenir, et ce rapport établit des constats que l’on connait depuis longtemps, le POLT est un train qu’il faut sécuriser, des crédits ont déjà été votés (500 millions d’euros que j’avais fait voté au Plan Etat Région), et les travaux se font. Je ne vois pas pourquoi on vient nous dire aujourd’hui qu’il faut des crédits supplémentaires.

Les coûts de la modernisation de la ligne Poitiers-Limoges actuelle, sont environ de 800 millions à 1 milliard d’euros, pour gagner une vingtaine de minutes. Ces « propositions » ont déjà été étudiées et écartées car peu efficaces et trop coûteuses.

La seule solution sur le trafic ferroviaire, reste la ligne Paris Tours-Poitiers-Bordeaux/Limoges, qui coûte aux alentours de 2 milliards, c’est beaucoup certes, mais c’est le prix à payer pour que Limoges ne soit plus (avec Clermont-Ferrand), la seule ancienne capitale régionale non reliée à la grande vitesse.

Ce rapport de Monsieur Delebarre est donc totalement insatisfaisant. Je le ressens presque comme une insulte, au travail qui a été accompli ici par les élus depuis 25-30 ans. »

Flash : Quelles sont ces solutions déjà étudiées ? 

G.V : « Il nous parle de route, la route bien sûr est une priorité aujourd’hui, c’est même la priorité. Entre Poitiers et Limoges, il nous dit qu’il faut l’améliorer mais que cela prendra du temps. Et bien non. Il ne faut pas que cela prenne du temps. On va se battre sur ce sujet, car si nous n’avons pas la Grande Vitesse Ferroviaire, il faut au moins la vitesse normale des voitures. La route s’est dégradée au fil des années, et les conditions de sécurités sont devenues aléatoires.

Il nous parle d’aéroport, quelles sont ses propositions ? Il semblerait qu’il faille remettre une liaison Limoges-Roissy. Figurez-vous qu’on y avait pensé avant M.Delebarre, mais cette liaison coûte extrêmement chère. Les collectivités locales ne peuvent pas payer indéfiniment et les routes, et les trains, et les avions… À un moment donné, il faut que l’Etat assume ses responsabilités.»

« Lorsque l’on fait le constat précédent, on ne peut être qu’extrêmement perplexe devant le peu de contenu, le peu de propositions, le peu de sérieux en somme, de ce rapport. »

Flash : Il semble que la capitale et le Nord nous aient oubliés, y’a t-il des solutions d’ouverture au Sud ? 

G.V : « La liaison vers le Sud est calamiteuse, en voiture cela va à peu près car l’autoroute existe. On peut aller à Toulouse, Montpellier, Marseille… Mais en train le service se dégrade, il y a moins de trains qu’avant pour aller à Toulouse, et la plupart des trains ne dépassent pas la ville rose. On a l’impression que la SNCF a opté pour un choix de desserte de Toulouse via Bordeaux, soit l’axe Paris-Bordeaux-Toulouse. Si bien qu’aujourd’hui, les voyageurs venant du sud, n’ont plus intérêt à passer par Limoges pour se rendre à Paris, malgré l’absence de LGV entre Toulouse et Bordeaux! Mais Bordeaux est à 2h de Paris alors..

Les tarifs sont également dissuasifs, pour le train comme pour l’avion : Perpignan / Paris coûte une centaine d’euros aller retour, Limoges/ Paris est aux alentours de 400€ ! On ne bénéficie pas d’une Obligation de Service Public (OSP), garanti par l’Etat. Ce mécanisme compense une partie des prix, lorsqu’on est à plus de 3 heures de la capitale. Mais l’Etat considère que Limoges est à 3 heures de Paris par le train. »

Flash : Quelles réponses apporter dans ce cas ? 

G.V : « Il faut qu’on travaille avec l’aéroport de Brive pour obtenir des liaisons moins coûteuses. Car aujourd’hui nous sommes dans une impasse… Il en va de l’attractivité du territoire.

Un territoire est attractif lorsqu’il est ouvert. Nous sommes ouvert vers le Nord et le Sud grâce à la voiture, à la rigueur vers l’est en passant par Brive, mais avouez que pour aller à Lyon c’est quand même très compliqué. Par le train les gens ont déjà abandonné. Il faudra se battre vraiment avec détermination, et si possible uni, pour obtenir des améliorations significatives.

L’attractivité d’un territoire passe également par l’activité de ce territoire, donc si on est moins  attractif en termes de communications, il faut que l’on soit attractif en termes de services offerts à la population, aux entreprises. Il faut peut-être arrêter ce que l’on a fait trop longtemps, de pleurnicher, pleurer sur notre sort. Il faut prendre notre destin à pleine main, se dire qu’en Limousin et à Limoges, nous avons plein d’atouts, et que ces atouts, il faut peut-être les valoriser plus qu’on ne l’a fait jusqu’à présent. Etre fier de ce que l’on fait, le dire, le faire savoir, le développer, ça ne fera pas rouler les trains plus vite mais ça rendra de l’attractivité à un territoire qui souffre un peu d’un manque. »

Flash : Vous avez déclaré vouloir rencontrer le Premier ministre et la ministre des Transports, qu’en est-il actuellement ? 

 G.V : « Dans la mesure où des Assises de la Mobilités vont être organisées à l’automne, il est important que les collectivités de notre  territoires est une position unie, de manière à aller défendre cette ouverture du Limousin et de Limoges, d’une même voix, auprès du Premier Ministre et de la Ministre du Transport. Cette dernière nous recevra prochainement.

Je voudrais proposer, et je l’ai écrit au Président de la République, qu’il y ait un véritable contrat avec le territoire de Limoges et de son agglomération qui permette de réfléchir à la fois au déplacement, au très haut débit, et accompagner de véritables projets de développement. Ce sera fondamental : l’Etat doit être aux cotés des collectivités, pas pour le quotidien car cela nous revient, mais pour les grands projets, ceux qui apportent un plus à un territoire et à sa population. »

« On vit infiniment mieux à Limoges qu’à Paris (…) il faut le faire savoir ! »

Flash : Mais nous avons des acquis à faire valoir tout de même ! 

G.V : « Je crois que l’important est de porter plus haut et plus fort, la fierté d’être Limousin, et d’habiter une ville et une agglomération qui ont des atouts considérables. Même si on ne l’a sans doute pas assez fait savoir par le passé. En Limousin, nous avons une qualité de vie tout-à-fait remarquable, les gens qu’on envoie en Limousin, viennent en marche arrière, mais quand ils y sont, au bout de quelques mois ils ne veulent plus repartir. Ici la qualité de la vie, l’environnement, le coût  de la vie, les loyers sont beaucoup moins chers.. si bien qu’avec des salaires moins élevés qu’à Paris, on vit infiniment mieux à Limoges et dans sa banlieue ! Voila ce qu’il faut faire savoir, mieux et plus, sont les points forts de notre développement.
On ne l’a sans doute pas assez dit, eh bien je crois qu’aujourd’hui, à quelque chose malheur est bon, on va continuer à se battre, pour la mobilité bien sûr, mais sur la deuxième épaule, mettons un deuxième fusil, et valorisons nos atouts!

Nous nous sommes parfois dits « pour vivre heureux vivons cachés »,  il y a eu sans doute de cela, mais sans l’exagérer non plus. Il faut que l’on retrouve la place qui est la nôtre. Affirmer que lorsque l’on vit à Limoges on ne s’ennuie pas, que lorsque l’on vit à Limoges, on peut trouver une promotion dans son domaine professionnel. À Limoges la vie associative, culturelle et sportive est extrêmement riche, vivre à Limoges n’est pas une punition mais une opportunité ! »


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